mardi 8 mai 2012

Pour l'amour du feu

  Le plus grand illustrateur du XXe siècle aura eu de son vivant le privilège de se voir célébré par ses pairs avec ce Painting with Fire foisonnant de dessins, de peintures et autant d'anecdotes savoureuses. Disponible uniquement en DVD zone 1 avec ou sans le sympathique film d'animation Fire and Ice (Tygra : la Glace et le Feu chez nous), ce documentaire joue la carte de la transparence et manifeste un amour sincère pour son sujet.

  
Comment ne pas fondre devant la force vive incarnée par Frank Frazetta, rêver à sa place dans l'univers du comic book d'aventures et d'humour qui va le révéler avec ses amis Roy Krenkel, Al Williamson, Wally Wood ou se perdre dans son univers peint au magnétisme inégalé (et très certainement inégalable) ?

  Composé de témoignages de Frazetta lui-même, de sa famille et de ses amis et collègues (Al Williamson, Angelo Torres, Berni Wrigthson, Mark Schultz etc.) ou encore du réalisateur Ralph Bakshi (Fire and Ice), Painting with Fire se regarde avec un plaisir sans fin, suivant chronologiquement la carrière et la vie de l'artiste, offrant des aperçus plus que jouissifs de son rapport à l'art et à l'univers fantastique.


Sea-Witch, 1967


 On reprochera cependant au réalisateur des choix d'éclairages assez étranges, très sombres, ou des angles de caméra tout aussi bizarres (notamment lors des séquences au musée Frazetta, situé dans la propriété de l'artiste) qui encombrent parfois la visibilité des images si rares qui nous sont offertes. De même l'accompagnement musical est assez pauvre, donnant par moment l'impression de visionner un documentaire "cheap" sur une quelconque chaîne de télévision.

Swamp Demon, 1972

 Il reste que ce rare témoignage sur un artiste du XXème siècle qui aura su réconcilier à certains égards culture populaire et "fine arts" (comme si c'était par ailleurs une question d'importance...) se regarde avec grand plaisir et achève de confirmer la vitalité et le caractère unique et iconique de l’œuvre de Frank Frazetta.


jeudi 3 mai 2012

Les masques de Steve Ditko

 L'un des derniers grands du Golden Age de la BD américaine encore en vie, Steve Ditko, est ce que l'on pourra appeler un singulier personnage. Reclus, refusant toute interview ou collaboration à quelque célébration de son œuvre qui d'aventures se manifesteraient (le présent ouvrage, les rééditions Fantagraphics de son travail pré-super-héros etc.), le bonhomme est pourtant l'un des derniers témoins de cette époque fondatrice de la bande dessinée américaine.

 Dès ses débuts Ditko révèle une tendance à chercher à exprimer de manière concentrée un panel d'émotions et de sensations au-delà de la case, voire de la planche, multipliant les tentatives graphiques, les "mises en pages" non orthodoxes après avoir effectué une grande partie de ses armes auprès de Mort Meskin, alors associé au studio de Joe Simon et Jack Kirby. Mais à l'inverse de ce dernier qui n'hésitait pas à redistribuer l'espace de façons parfois excessive (mais avec quelle maîtrise faut-il le rappeler !), Ditko la joue plus subtile au point que c'est surtout dans ses œuvres plus underground et son versant résolument objectiviste (selon les théories esthétiques et philosophiques développées par Ayn Rand) que l'on mesurera cette approche si unique.*



 L'ouvrage de Tristan Lapoussière est la première véritable monographie de langue française sur Ditko couvrant tout son spectre artistique et les quelques pans de sa vie que l'on a pu dévoiler au cours de sa carrière en dépit de la réticence de l'homme à s'exposer ne serait-ce que dans des limites raisonnables.
 Précis et documenté à l'envie, cet ouvrage ajoute encore un peu plus de lustre à cette excellente collection qu'est La Bibliothèque des Miroirs (ont précédé entre autres dans l'exercice Steranko, Kirby et Miller). Une iconographie soignées et fort à propos illustre les thèmes et les arguments d'analyses présentés dans le cœur de l'ouvrage de la manière la plus claire et agréable qu'il soit. Que cela soit chez Charlton, Prize Group ou Harvey Comics puis chez Marvel, DC ou Warren, Ditko a accouché d'un corpus graphique parmi les plus étendus (il est à ce jour toujours publié et actif !) et la présente monographie n'omet rien des projets et réalisations de l'artiste, tant dans ses succès (la création de Spider-Man, Docteur Strange) que dans ses échecs (où du moins ses travaux de commandes de moindre qualité destinés à "financer" ses travaux underground) .

 En bref, un livre à ne pas rater si vous cherchez à vous nourrir toujours plus d'histoire (éclairée) de la BD et il faut une fois de plus saluer la sagacité et le sérieux avec lesquels l'éditeur Les Moutons Electriques s'affaire à parcourir les domaines de la culture populaire et des genres qui nous sont chers.

*Bien que Doctor Strange entre autres aura sacrément préparé le terrain à ce sujet !

mardi 1 mai 2012

Au-delà des étoiles avec Wally


 Publié en janvier dernier par Vanguard Productions, Strange World of Science-Fiction est une aubaine pour les admirateurs du grand Wally Wood. Regroupant par ordre chronologique de publication une bonne vingtaine d'histoires précédant la période "E.C." du dessinateur, ce recueil permet d'évaluer l'incroyable rapidité avec laquelle le style Wood a su se préciser et surtout s'améliorer jusqu'à devenir un des références graphiques les plus marquantes du XXème siècle. C'est le cas dès "Winged Death on Venus" (Amazing Adventures #1, 1950) qui révèle en grande partie des caractéristiques que l'on retrouvera avec un bonheur non dissimulé dans Weird Science ou Weird Fantasy : une composition serrée qui fait la part belle aux personnages sans pour autant omettre les décors, un humour décalé à la limite de l'absurde et parfois cynique et surtout un dynamisme proprement jubilatoire.

 On retrouve ainsi nombre de séries tirées de fascicules de la fin du "Golden Age" des comic-books (pour l'essentiel des histoires publiées chez Avon Publishing), de Captain Science à Kenton of the Star Patrol ou encore Space Detective. Nous avons même droit à un excellent "Death in Deep Space" dessiné par un autre maître, Al Williamson, et que l'on devine encré par Wood mais aucune précision n'est apportée...*


 Côté qualité d'impression, si le papier mat est définitivement ce qui convient le mieux pour ces bandes, on peut trouver à redire sur la qualité de reproduction concernant certaines histoires bien que l'éditeur dans l'introduction au volume précise que la majorité des bandes proposées le sont avec leurs couleurs d'origines et les défauts qui vont avec. La différence de qualité entre des histoires publiées dans une même année est également source d'interrogation, même si au final cela n'a rien de particulièrement surprenant dès lors que l'on se penche sur cette période de la BD américaine.

 Les points négatifs : des reproductions en noir et blanc de planches tirées de Weird Science ou Weird Fantasy marquent des pauses entre chaque histoire, comme pour rappeler le niveau que Wood va atteindre peu après. Si l'on ne peut que rester admiratif devant ces planches mythiques, l'intérêt d'un point de vue ''maquette'' est assez limité voire troublant pour la lecture. De même, le plaisir de profiter de quelques strips de Sky Masters of the Space Force, dessiné pour la presse en 1958 (alors que le recueil se veut un aperçu significatif de l’œuvre de Wood pré-E.C.) par Jack Kirby et encrés par Wood est entaché par une nouvelle colorisation d'un goût douteux. Autant de points surprenants de la part d'un éditeur qui est également responsable (excusez du peu!) du Wallace Wood Estate.

 Mais ne boudons pas notre plaisir, l'impeccable reproduction de covers des magazines d'où sont tirées ces histoires apportent enfin un bonus fort plaisant à ce recueil somme toute agréable dont la force principale est de regrouper autant de pépites en une seule fois. Ajoutons enfin que la couverture du présent volume est un montage de dessins de Wood orchestré et colorié par Jim Steranko.


*Pour info Williamson est également crédité à l'encrage sur cette histoire tirée du n°4 de Jet (Magazine Entreprises, 1951) sur plusieurs comics data base sur le net. Une explication aurait été la bienvenue...

jeudi 26 avril 2012

E.C. toujours là !

L'incroyable nullité du jeu de mots servant ci-dessus d'intitulé ne doit pas vous retenir de surveiller attentivement les prochaines sorties Akiléos, et bien entendu plus particulièrement celles-ci :






Chaque volume reprend les 6 premiers numéros de chaque série dans l'ordre chronologique et en noir et blanc pour mieux apprécier la finesse, la justesse et l'extraordinaire vivacité des Harvey Kurtzman, Wally Wood, Jack Davis, et autres Johhny Craig !

Sortie prévue en mai 2012

vendredi 20 avril 2012

Franquin, encore !

  Un bien bel hommage que celui des Inrocks à André Franquin.
 En kiosque depuis peu, le hors-série aborde de façon exhaustive l'oeuvre du génial dessinateur Belge dont la poésie et l'humour uniques manquent terriblement à la bande dessinée Européenne.

 On peut le dire sans exagérer, la revue se veut documentée et richement illustrée, recueillant au passage de nombreux témoignages de dessinateurs qui expriment leur rapport à l'univers "franquinien" avec toute la spontanéité et la sincérité qui certes sont l'apanage d'un tel exercice, mais qui se veut aussi un mémento de la perception du travail de Franquin de son vivant comme depuis son décès.

 Vous trouverez en prime quelques extraits de l'indispensable (que dis-je, la Bible ! Bientôt enfin réédité !) Et Franquin créa la gaffe, ouvrage dirigé dans les années 80 par Numa Sadoul, grand spécialiste de la BD et de Franquin en particulier.

 Bref, pourquoi vous en priver ?


Prunelle manifestant un léger agacement alors que Gaston s'est absenté pour acheter le hors-série...

dimanche 8 avril 2012

Ah ben oui, ça, bravo !

  Que pouvait-on attendre de la réédition d'une histoire d'une vingtaine de planches parue dans le journal de Spirou en 1966 et dessinée par le maître Franquin ? Pas grand chose sans doute, sachant que Bravo les Brothers est toujours disponible en complément de l'album 19 des "Aventures de Spirou et Fantasio", Panade à Champignac. Cela n'empêche pas les éditions Dupuis de nous proposer un ouvrage ma foi plaisant, avant tout à destination des collectionneurs.


  Rappelons à tout hasard la nature exceptionnelle de cette histoire, à savoir qu'il s'agit d'une aventure de Spirou et Fantasio dans l'univers de Gaston (jusqu'ici Gaston apparaissait furtivement dans les grandes épopées de nos héros). Franquin s'amuse ainsi à faire coexister le temps d'une courte farce les deux mondes, celui de la rédaction du journal avec ses trombines familières (Lebrac, Prunelle, De Mesmaeker...) et celui de Spirou (l'écureuil Spip et bien sûr le Marsupilami, en guest-stars)*.
 

 Et donc qu'attendre d'une telle réédition ? En premier lieu la possibilité de relire une des histoires les plus drôles de la série (et en passant la favorite de Franquin lui-même) dans une nouvelle version coloriée qui redonne un peu de vigueur au trait, comparée à la colorisation dégueulasse des éditions actuelles des albums de la série (et je ne vous parle même pas de la qualité du papier...). Orchestrée par Frédéric Jannin comme auparavant pour la réédition de la série "Gaston", cette mise en couleur amène une chaleur absente des autres versions encore disponibles bien que l'on pourra trouver à redire sur certaines exagérations ou nuances, voire réinterprétations (certes annoncées comme lorgnant au plus proches des intentions de l'auteur, mais ce genre de discours, voyez...).



 Le plaisir est doublé par la reproduction en fac-similé des planches originales en noir et blanc (à l'exception de 3 planches qui ont malheureusement disparues et remplacées ici par des scans de la publication dans l'hebdo Spirou) de l'histoire, grâce auxquelles l'on pourra s'émerveiller inlassablement face au trait dynamique et pur du maître. Le commentaire affable des spécialistes José-Louis Bocquet et Serge Honorez se révèle une mine d'infos et d'anecdotes concernant le processus créatif et le contexte historique de l'histoire, certes peu utile pour les connaisseurs de l'oeuvre "franquinienne" mais au final d'excellente qualité.


 "C'est bien, ça, dites-donc" me direz-vous, mais qu'en est-il de l'histoire en elle-même ? Ben c'est Gaston qui offre un trio de chimpanzés à Fantasio pour son anniversaire : avez-vous vraiment besoin d'un résumé, alors que tous ces beaux dessins n'attendent que vos yeux embués de gratitude pour les dévorer ? M'enfin !
 
*notons que malgré tout Fantasio est le rédacteur en chef, et donc le "boss" de Gaston dans la série du gaffeur, ce qui a souvent entraîné un débat chez les amateurs de Franquin sur l'appartenance de l'histoire à l'une ou l'autre des deux séries.

vendredi 30 mars 2012

La Lune, c'est plus c'que c'était !


 Un film finlandais de science-fiction avec des Nazis, de l'humour idiot et visiblement de sacrés gros moyens, ça vous tente ? En ce qui me concerne, oui !


 Le trailer officiel :




Et les trois teasers en une seule vidéo :

 

 Bref, un bon gros défouloir en perspective le 4 avril prochain, sachant que la B.O. a été confiée aux bons soins des Slovènes de Laibach ! Pour plus d'infos, un petit tour sur le site officiel du film.

A quand les Illuminati et les pyramides d'Egypte ? Ah ben c'est déjà fait, un nanar qui répondait au nom de Cinquième élément.