dimanche 10 mai 2009

Du stakhanovisme en tant qu'art

Calendrier chargé pour la team Mignola & co. Le 13 mai prochain, l'arc The Black Goddess de la série B.P.R.D. se conclut avec le numéro 5, suivi par le "one-shot" numéro 3 (sur 4 de prévus) de War on Frogs (scénario du point de vue de Liz Sherman écrit par John Arcudi et dessiné par Karl Moline) le 10 juin.

L'été ne sera pas en reste de nouveautés puisque débutera enfin un autre spin-off du "hellboyverse", Witchfinder (dessins de Ben Stenbeck), centré sur les aventures du détective occultiste Edward Grey, personnage clé de la mythologie sous l'ère victorienne. Le premier chapitre de In the Service of Angels sera ainsi publié le 1er juillet.


Pour ceux qui auront apprécié la mini-série B.P.R.D. : 1946, sachez que la "séquelle " judicieusement intitulé 1947 (dessinée par les frangins Fábio Moon de Sugarshock et Gabriel Bá de la série Umbrella Academy !) commencera quant à elle le 8 juillet. Une nouvelle aventure centrée sur les débuts de l'organisation avec un Hellboy tout minot !

Après le second volet de Witchfinder le 5 août, le grand retour de Hellboy le 12 pour le 5ème numéro de The Wild Hunt (suite à un exceptionnel hiatus de quelques mois), l'histoire qui va modifier durablement le personnage et sa destinée et dont les 4 premiers numéros constituent jusqu'ici un régal en tous points, le tandem Mignola/Fegredo fonctionnant à merveille. C'est à la même date que l'on retrouvera le démon rouge enfant dans le numéro 2 de B.P.R.D. : 1947.


Un été bien mouvementé en mystères et créatures infernales qui comme toujours vient alimenter pour notre plus grande satisfaction l'univers fertile de Mike Mignola qui possède à l'évidence une aptitude remarquable à s'entourer de créateurs talentueux.

En revanche il vous faudra ronger votre frein jusqu'au 21 octobre prochain pour goûter au 3ème luxueux volume de la Library Edition de Hellboy. Cet imposant grimoire regroupera les histoires Conqueror Worm et Strange Places (alias The Third Wish et The Island) dans un format agrandi et agrémenté d'une trentaine de pages de sketches inédits et de commentaires et notes de Mike Mignola. Plutôt destiné aux collectionneurs, mais la très grande qualité du résultat offre une nouvelle approche des plus réjouissantes du travail de l'Américain. Tout ceci sera bien entendu publié par les excellents Dark Horse Comics qui n'en finissent pas de nous étonner, multipliant des choix marketing intelligents et démontrant par ailleurs une audace salvatrice en matière de politique éditoriale dans le paysage des comics américains.

lundi 23 mars 2009

Nature et mouvement

Pour son troisième album Northaunt intègre la famille Cyclic Law qui depuis 2002 exprime des manifestes sonores parmi les plus mémorables de l'ambient moderne, et plus particulièrement en offrant un nouveau creuset pour le "courant" Nord Ambient (voir à ce propos la compilation éditée par ce même label). Avec ce Horizons à la beauté aride, le Norvégien Haerleif Langas modifie l'architecture de son projet mais en conserve bien heureusement l'essence, celle remarquablement révélée sur le précédent opus, Barren Land. Ainsi cette mélancolie profonde que les arrangements mélodiques et le recours subtil à des instrumentations acoustiques valorisaient à merveille se mue en un voile de textures plus minimalistes et plus rêches de prime abord. Horizons tend vers l'abstraction sans forcément y céder et c'est assurément là que se situe sa caractéristique la plus emblématique.


Ca et là des éclairs mélodieux viennent ponctuer cet univers intimidant, permettant d'identifier à coup sûr la musique de Northaunt tel le piano sur le final de "Until Dawn Do Us Part" et de constater que les atmosphères se parent d'atours plus sombres et mystérieux ("Horizons", marqués par des réminiscences de l'album précédent). A l'image des visuels tout en clair-obscur du digipack, c'est une vision plus impénétrable que la mélancolie presque organique de Barren Land qui nous est offerte : la preuve en son avec ce "Night Came to Us" long de 15 minutes, angoissant et évolutif voire son pendant plus apaisé, "Night Alone". Northaunt nous offre même un voyage visuel avec une vidéo d'un mix différent du titre "The Wilderness", associant l'image au procédé du "field recordings".





Plus massive et abrupte en terme d'émotions, l'ambient de Horizons perpétue la singularité du Norvégien en matière d'utilisations des nappes et des drones, de mélodies qui surgissent de nulle part et qui offrent aussi furtivement que cela soit un contrepoint poétique dans cet univers fascinant. Des sons sculptés à même la terre et le roc qui à leur tour répercutent un écho infini à ciel ouvert et dans l'immensité des terres sauvages. Du très grand art de la part d'un des projets essentiels en matière d'ambient, pour ne pas dire l'un des plus importants depuis Biosphere.


*Ce texte est une version remaniée d'une chronique publiée sur Guts of Darkness en juin 2006.

mardi 17 mars 2009

De Profundis

Joie ! Repoussé à maintes reprises en raison du perfectionnisme du duo Allemand le nouvel album de Inade, The Incarnation of the Solar Architects, devrait être disponible entre Avril et Mai prochain. René Lehmann et Knut Enderlein ont récemment apposé la touche finale au CD bonus et au DVD qui accompagneront la version box limitée de leur nouvel opus, désormais entre les mains expertes de Andreas Wahnmann, maître d'oeuvre du mastering.

Pour les prochaines news, suivez le filet de bave qui vous conduira jusqu'ici et surveillez le site de la Loki Foundation pour ne pas rater la précommande ! En attendant, enjoy :

dimanche 15 mars 2009

Rions un peu en attendant la mort

dimanche 1 février 2009

Machine enragée

Malignant a été bien avisé d'éditer officiellement ce CD-r très limité du Kristoffer Nyström Orkester. Non seulement parce qu'il concerne un projet réunissant Peter Nyström (Megaptera/Negru Voda) et Kristoffer Oustad (V:28), deux compères de longue date, mais surtout parce le séisme qu'est brakeHEAD n'aurait jamais connu les honneurs du niveau maximal de l'échelle de Richter de nos hi-fi domestiques. Il faut croire que la mienne est masochiste à un point que je n'aurais soupçonné tant j'ai du mal à retirer ce disque de la gueule menaçante de ma platine CD (ou alors il s'agit de moi tout simplement, mais là n'est pas le sujet).

Si la base de brakeHEAD consiste à faire du neuf avec du vieux, il s'en faut beaucoup pour que le duo d'allumés aux commandes de ce rouleau-compresseur ne soit qu'une énième variation sur le thème imposé par les disciplines de Nyström et Oustad. Industriel de la vieille école certes, mais à la puissance décuplée par la technologie actuelle et un soin particulier apporté aux atmosphères.

Le son est limpide et rond, agressif sans être insupportable. Un équilibre extrêmement intelligent dont le point orgue est sans nul doute "extenDEAD konnektion" qui 20 minutes durant parvient à maintenir l'attention en variant les séquences dans une progression assez remarquable. Les murs noise enveloppent sans phagocyter le reste, les rythmiques sont utilisées avec parcimonie et bien qu'assez basiques suffisent à conférer à brakeHEAD un caractère épique certain. Interférences, boucles diverse, samples de voix surgissent de partout dans des crescendo/decrescendo malicieux et assaillent sans coup férir ("High-Level-Input-Slow-Speed-Output (Well Done)" est à ce titre une tuerie). Une collaboration plus que réjouissante, un véritable uppercut dans l'estomac bedonnant des feignasses du genre et LE disque industriel de l'année 2006, rien de moins.

*Cette chronique a été préalablement publiée sur Guts of Darkness en novembre 2006.

lundi 1 décembre 2008

Bienvenue en Enfer

Etrange film que cette seconde réalisation de Clint Eastwood après le très personnel Un Frisson dans la Nuit (Play Misty for Me, 1971). L'Homme des Hautes Plaines (High Plains Drifter, 1973) affirme la différence de Eastwood avec les réalisateurs qui ont grandement aidé à sa renommée et, bien qu'il enterre Sergio Leone et Don Siegel en faisant apparaître leurs noms sur des pierres tombales en fin de film, utilise à sa manière les styles de ces deux réalisateurs uniques. En premier lieu, ce film se place dans la continuité de l'approche du Western à la Leone, en poussant même plus loin l'aspect révisionniste que certains des ténors des classiques hollywoodiens du genre abhorrent (John Wayne, notamment, qui déclinera l'offre de collaboration avec Eastwood après sa vision du film).

L'histoire raconte le venue d'un étranger (véritable "Homme sans nom" cette fois !) dans la petite ville de Lago, Arizona. Il est rapidement provoqué par trois têtes brûlées qui finissent par mordre la poussière sans avoir eu le temps de faire des projets d'avenir. On bascule très vite vers le surréalisme avec le viol par l'Etranger d'une prostituée (enfin ex-prostituée comme on le saura plus tard) qui provoque le "drame" volontairement. En toute impunité, l'Etranger vaque à ses occupations (emplettes diverses, toilette etc.) créant le trouble chez les habitants de Lago. Les autorités de la ville voient dès lors une opportunité unique de résoudre un souci qui les ronge. En effet, une vilaine affaire entâche la paisible bourgade, le meurtre de l'ancien marshal par trois bandits engagés par les notables de Lago. Ces derniers, livrés peu après aux autorités, s'apprêtent à sortir de prison et ont juré de se venger des habitants de Lago. L'Etranger accepte de défendre la ville, mais à ses propres conditions. Et quelles conditions ! Entre autres le souffre-douleur et homme à tout faire de la ville, le nain Mordecai, est nommé Shériff et Maire, des tables de banquets sont construites avec les planches de la grange de l'hôtelier en vue d'une petite fête, les clients de l'hôtel sont virés manu militari pour laisser toutes commodités à l'Etranger, la ville est repeinte entièrement en rouge vif et renommée "Hell" etc. Ridiculisés, touchés dans leur amour-propre, une partie des habitants complotent pour se débarrasser de l'Etranger alors que le jour du retour des bandits appproche.


Décalé, surréaliste (oui encore), émaillé de flashback/rêves énigmatiques magnifiés par la musique avant-gardiste de Dee Barton (dissonante et électronique), L'Homme des Hautes Plaines joue avec toutes les conventions du western en les détournant avec brio. La confusion des habitants, la posture énigmatique du personnage de Clint Eastwood (il apparaît et disparaît tel un fantôme) et la teneur apocalyptique de la mise en scène font osciller le film entre grotesque et fantastique, mélange très enthousiasmant à l'humour frôlant parfois l'absurde. La vengeance dont semble détenteur l'Etranger pèse tout le long du film, mais l'accent est essentiellement mis sur le comportement et le désarroi des habitants de Lago (artisans de cette même vengeance) tandis que l'Etranger lui-même demeure la plupart du temps spectateur (omniscient toutefois) des événements après les avoir déclenchés.

A la superbe photo s'ajoute un très bon casting pour cette sorte de huis clos sans fioritures ni concessions. On pourrait éventuellement en tirer une morale, mais celle-ci est intelligemment implicite pour en devenir accessoire. La fin du film le replace dans un contexte fantastique qui montre déjà le goût de Eastwood pour les atmosphères étouffantes et crépusculaires (celles que l'on retrouvera notamment dans Unforgiven) et classe définitivement L'Homme des Hautes Plaines dans la catégorie d'ovni cinématographique de grande classe. Préférez la v.o. (comme toujours n'est-ce pas ?), la v.f. induit par endroits des "clés" qui ne sont pas présentes dans les dialogues originaux.

mercredi 26 novembre 2008

Novit enim Dominus qui sunt eius

Sorti peu avant le plus "accessible" et le plus mélodique de leur album, Selfless, ce ep de Godflesh est la preuve enregistrée que le duo de Birmingham était véritablement inclassable. Se concluant sur un superbe et hypnotique remix ambient de "Don't Bring me Flowers" (tiré de Pure, 1992), Merciless offre également deux incursions malades dans un domaine ouvert autant sur l'expérimental que l'électro ou la drum'n'bass, bien entendu passé à la moulinette Godflesh. Mais le coup de semonce, également coup fatal, c'est le sublime morceau éponyme qui ouvre le disque. "Merciless" est avant tout un vieux morceau de Fall of Because, formation pré-Godflesh dans laquelle Justin Broadrick tenait les baguettes. Un morceau retravaillé donc, au tempo alourdi par l'écrasant riff de guitare, le rythme sentencieux de la drum machine et cette basse au son incroyable que l'on croirait droguée à Killing Joke et Big Black. "Merciless", c'est très certainement la fin de l'Être : cette fin que l'on passe sa vie à repousser en vain pour au bout entrevoir en elle la solution à tous nos maux. Pachydermique est le mot, entre la section rythmique plombée, le riff massif qui triture les tripes et la voix angélique de Broadrick qui s'écoule comme un esprit hors d'une enveloppe charnelle.

Show no mercy, Kicked me to the ground
Felt no pain, You're deaf to every sound

Un mastodonte s'érige et se dresse devant la lumière, fait trembler le sol de ses membres d'ivoire et écrase les restes de résistance. La douleur n'est plus, elle est diffuse et impitoyable.